Fin décembre, la préfecture du Rhône a ouvert un premier gymnase de 110 places d’hébergement puis, sous pression de la population, un second. 220 places créées en urgence donc, pour être supprimées trois semaines après. 220 places, un nombre largement insuffisant pour accueillir toutes les familles sans-abris. 220 places enfin, pour lesquelles on devait téléphoner chaque jour en espérant à nouveau y être abrité, alors que le 115 saturé ne pouvait garantir de ne pas retourner à la rue la nuit suivante.
Résultat : les collectifs militants doivent encore ouvrir des lieux pour loger des personnes sans solution, comme dans l’ancienne école du parc Blandan qui, à l’heure où nous écrivons, abrite 27 familles dont 80 enfants. D’après Alynéa, 14 00 personnes sont en attente d’un hébergement dans le Rhône pour 8 800 places gérées par l’Etat.
Tant que la question du logement abordable ne sera pas solutionnée, ces situations de sans-abrisme perdureront. La spéculation immobilière a rendu les prix inaccessibles pour les 10% les plus pauvres (selon le PLAID). Celles·eux dont les revenus et situations administratives sont les plus défavorables n’ont aucune chance d’accéder à une location privée aux critères d’éligibilités invraisemblables. Le logement social, sur-saturé lui aussi, n’est pas suffisant pour loger tous les ménages qui ne gagnent pas 3, voire 4 fois le montant de leur loyer.
Mettre à contribution le logement privé pour garantir la dignité tombe donc sous le sens : logements vacants, bureaux vides, voire patrimoine public en attente d’un usage futur doivent être mobilisés par tous les moyens à disposition des pouvoirs publics locaux.
La gestion actuelle est celle de la pénurie, violente et court-termiste, qui fait souffrir physiquement et psychologiquement les sans-abris. Un plan grand froid qui se respecte ne devrait pas proposer de l’hébergement de façon hachée, mais protéger la population et répondre proportionnellement à ses besoins tout au long de l’hiver.
