Par Morgane GUILLAS
« Il n ‘est pas concevable, pour l’avenir de la nation, qu’à côté de l’édifice public de l’éducation nationale, l’Etat participe à l’élaboration d’un autre édifice qui lui serait en quelque sorte concurrent et qui marquerait, pour faire face à une responsabilité fondamentale, la division absolue de l’enseignement en France. »
Ces mots, ce ne sont pas les nôtres, mais ceux de Michel Debré, lors de son discours à la tribune de l’Assemblée nationale. Ne trouvez-vous pas ça ironique ? L’alerte du ministre même qui a créé la loi dite « Debré » se vérifie 66 ans plus tard : l’enseignement privé crée une concurrence et une division au sein de l’enseignement en France.
A Villeurbanne, depuis cette époque le nombre d’établissements privés est passé de 2 à 6, il a été multiplié par trois. C’est notamment pour cela que depuis le début de ce mandat, notre groupe manifeste son désaccord sur le niveau de financement des établissements scolaires privés par la commune.
L’année dernière, nous avons décidé collectivement de minorer ce financement public pour se rapprocher de ce qu’exige de nous la loi de 1959. Les discussions sont toujours en cours avec les établissements religieux et privés villeurbannais qui contestent cette baisse.
D’ailleurs, au niveau national, les établissements catholiques expliquent que les collectivités leur devraient 450€ par enfant de plus par an. Nous trouvons ces prises de positions indignes. Depuis 2019, avec l’obligation scolaire à 3 ans, ces établissements ont déjà gagné 150 millions d’euros annuels en plus issus des poches des collectivités. Cet argent public leur est déjà alloué sans contreparties, sans réelle transparence sur la façon dont il est dépensé et il entraîne une concurrence envers le public en rendant presque inutile la carte scolaire. Il réduit à néant les efforts publics pour la mixité sociale à l’école.
L’argent public doit être dévolu au service public, et ne pas alimenter les intérêts particuliers d’écoles souvent confessionnelles, contre l’esprit de la loi de 1905. Ceci d’autant plus que depuis de longues années déjà, le pouvoir national emprunte sans fond pour distribuer des cadeaux aux entreprises et aux établissements du secteur privé, à base de minoration de cotisations sociales, de crédits, d’allègements et de suppressions d’impôts divers tout en privant les collectivités d’une part de leurs recettes, plus de 4 millions pour Villeurbanne cette année ! Il serait injuste que le financement de fonctionnement des établissements privés ne participe pas à ce « serrage de ceinture ».
Comme les années précédentes, nous nous abstiendrons sur cette délibération.
