Par Julien RAVELLO et Olivier GLÜCK
Le groupe a eu deux interventions distinctes, une portée par Julien RAVELLO, une portée par Olivier GLÜCK, sur le budget primitif 2026.
Julien Ravello
Le vote du budget n’est pas un vote technique. C’est un choix politique majeur, voire un moment de vérité politique. Derrière les tableaux et les ratios, il y a des choix.
Les élus municipaux du groupe Villeurbanne Insoumise Ensemble ! qui soutiendront cette intervention souhaitent rappeler que nous avons soutenu le travail collectif mené pendant ces 6 années au sein de la majorité actuelle que nous avons construite et nous ne le renions pas.
Mais 2026 n’est pas 2020 et la situation sociale ne cesse de se dégrader du fait des politiques libérales couplées à des politiques sécuritaires et liberticides au niveau national. Nous nous devons de soutenir les plus fragiles et les plus pauvres dans la situation actuelle et les choix que nous devons faire doivent impérativement se tourner vers des politiques d’urgence sociale : accès aux soins pour toutes et tous, lutte contre toutes les formes de discriminations, lutte contre les inégalités et soutien des plus pauvres par des accès gratuits à certains services publics, soutien renforcé aux associations, à l’éducation. Villeurbanne doit rester un point d’appui, un rempart et non pas un relais de l’austérité nationale.
Nous n’oublions pas l’ensemble des actions, projets et investissements à mener pour la bifurcation écologique, que ce soit pour préserver la biodiversité, atténuer le changement climatique, mais aussi pour adapter notre ville à ses conséquences et aux températures extrêmes qui nous attendent et qui frapperont encore plus durement les plus défavorisés d’entre nous.
Nous savons que beaucoup a été fait pendant ce mandat sur ces sujets et les prochains budgets devront continuer à mettre l’accent sur l’enjeu de notre siècle.
Bien sûr et nous l’avons très souvent rappelé ici, certains choix ne sont pas les nôtres : la vidéo-surveillance, les liens étroits avec le privé que ce soit via les DSP ou la SEMOP pour les crèches et l’Astroballe.
Mais passons un peu aux chiffres.
Comme déjà évoqué lors du DOB, à Villeurbanne, nos recettes stagnent autour de 200 millions d’euros. Une partie dépendent de la fiscalité locale, que nous assumons d’avoir augmenté via la taxe foncière. Malgré cette hausse, et comme l’a rappelé Jonathan Bocquet en novembre dernier, la ville n’utilise pas autant son potentiel fiscal par rapport à d’autres communes de la même strate.
Une autre partie de nos recettes dépendent de décisions nationales. Et ces décisions, elles sont prises par la macronie, avec la complicité active de la droite… et plus récemment et malheureusement de certains partis de gauches présents dans cette assemblée.
Car disons-le clairement : Villeurbanne est sous-dotée. 130 euros de DGF par habitant contre 220 euros pour la moyenne des communes de même strate. 14 millions qui manquent chaque année.C’est colossal. C’est injuste. Et c’est politiquement inacceptable. Comment expliquer à nos habitants qu’ils valent 90 euros de moins que les autres ? Comment accepter ce manque à gagner alors que les besoins explosent ?
Et pendant ce temps, que fait l’État ? Il serre encore la vis.
La Macronie veut imposer des efforts inédits aux collectivités territoriales à hauteur de plusieurs milliards d’euros et redouble d’imagination quand il s’agit de coupes dans les budgets avec notamment la reconduction pour une deuxième année de l’extravagant DILICO.
La droite applaudit au nom de la “bonne gestion”. L’extrême droite fait semblant de défendre les territoires, mais vote les mêmes politiques austéritaires dès qu’elle en a l’occasion. Et le Parti Socialiste, Place Publique, Les Ecologistes ? Ils protestent timidement, voire négocient, comme trop souvent, au nom de la “responsabilité”.
Qu’on arrête l’hypocrisie : ce n’est pas de la rigueur, c’est de l’austérité. Ce PLF 2026 qui s’annonce, c’est un budget qui coupe partout, sauf pour les armées et les plus riches. Qui peut défendre ces orientations ? Les communiqués et les vœux ne suffisent plus, quand les crédits essentiels pour répondre aux besoins de la population disparaissent.
Après les recettes, passons aux dépenses locales.
Nous regrettons comme je le disais plus tôt que leur évolution soit si faible : 0.52% entre 2025 et 2026, soit moins que l’inflation et moins que l’évolution démographique. Cela veut dire que nous ne dépensons pas assez pour répondre aux besoins croissants et fondamentaux de la population
Par ailleurs, à Villeurbanne, nous dépensons environ 1040 euros par habitant soit moins que la moyenne des villes de même strate. À celles et ceux qui parlent de coupes, nous reposons toujours la même question : quels services et quels postes supprimeriez-vous ?
Notons néanmoins que les dépenses de personnel représentent 60 % de nos dépenses de fonctionnement, comme la moyenne de même strate et comme sur l’ensemble des dernières années, vous l’avez montré monsieur l’adjoint. Les recrutements réalisés lors de ce mandat et les hausses de salaires étaient donc nécessaires.
Sur l’investissement, nous faisons le bon choix. Nous investissons à la hauteur des besoins. 77 millions de dépenses d’équipements prévus encore en 2026 vont permettre de déployer de nouveaux services publics. Même si nous aurions aimé par exemple que la Maison de l’Egalité ait été priorisée dans le début du mandat.
L’investissement, ce n’est pas une dépense inutile : c’est préparer l’avenir, comme cela a été dit en novembre dernier. Contrairement à certains groupes qui ne parlent que de ratios, nous parlons de logements, de déplacements, de dignité, de services publics.
Et les chiffres sont clairs, la ville peut se le permettre : un autofinancement de 29,5 millions d’euros, soit un taux d’épargne brute de 14.78 %, une capacité de désendettement de 3,8 ans.
Alors non, la caisse n’est pas vide, dire le contraire, c’est mentir. Nos ratios restent bons, au-dessus des seuils recommandés et au-dessus de la moyenne de la strate. Nous ne disons pas qu’il faut s’affranchir des contraintes financières, comme l’a laissé croire monsieur l’adjoint aux finances le mois dernier, mais pourquoi garder de la marge alors qu’il nous faut intensifier la lutte contre les inégalités et protéger le vivant, en ces temps de crise ?
Nous avons noté avec intérêt que la Métropole de Lyon n’a pas hésité à diminuer son autofinancement jusqu’au seuil accepté de 8 ans de désendettement, à l’issue du dernier conseil métropolitain. Nous regrettons que la ville de Villeurbanne n’en ait pas fait de même.
Et d’ailleurs, on ne parle que d’indicateurs financiers. Mais quid des indicateurs écologique, humain, sociaux ? Est-ce que la dette qu’on va laisser à nos enfants est uniquement financière ? Ou plutôt une dette sociale et écologique, qui va menacer l’existence même de la vie sur Terre ? Certaines de nos actions d’aujourd’hui nous épargnerons de nombreuses dépenses à l’avenir, faut-il vraiment attendre qu’il soit trop tard pour agir ?
Pour conclure, notre boussole est claire. Nous faisons le choix de gouverner par les besoins et de renforcer les services publics. Oui, il y a des contraintes financières, mais nous avons encore des leviers. À l’heure des urgences sociales et écologiques, la neutralité n’existe pas. Soit on accompagne l’austérité, soit on la combat. Nous devons faire des choix politiques courageux, et nous les assumons.
Les membres de notre groupe qui soutiennent cette intervention s’abstiendront.
Olivier Glück
J’interviens au nom des membres de notre groupe qui vont voter ce budget et en explicitant pourquoi.
C’est un budget de fin de mandat, un budget de transition. Un budget dans la continuité des exercices précédents, un budget qui reste à la hauteur des enjeux sociaux, écologiques et démocratiques. Un budget qui, comme les précédents, répond aux besoins des habitant·es en rattrapant un manque notoire d’équipements (n’en déplaise à monsieur Chabrier), en accompagnant un développement démographique important avec encore un très haut niveau d’investissement. Et rappelons que les collectivités sont les premiers moteurs de l’investissement et heureusement, car elles sont les premiers leviers pour s’adapter au monde de demain, pour garantir l’accès aux services publics essentiels à la population.
Il s’agit aussi d’un budget de résistance aux politiques austéritaires, aux coupes budgétaires imputées aux collectivités. Le Projet de loi de finances 2026, même s’il n’est toujours pas voté, en l’état actuel prévoit :
- Des compensations en moins, à hauteur de 450 000€ pour la Ville de Villeurbanne ;
- Et le fameux DILICO (Dispositif de lissage conjoncturel des recettes des collectivités). Cette ponction sur le budget des collectivités passe de 1 à 2 milliards au niveau national avec un impact pour Villeurbanne de près de 3,4 millions d’euros sur notre budget 2026.
A cela s’ajoute d’autres mesures comme la diminution des fonds verts qui permettent d’investir dans la transition écologique. Malgré tout, nous poursuivons notre politique volontariste au niveau de la commune.
Dans l’état actuel, l’impact sur le budget de la commune du Projet de loi de finances 2026 représente une facture de plus de 4 millions d’euros, l’équivalent de notre effectif de police municipale ou d’un tiers de notre effectif d’ATSEM dans les écoles maternelles, pour ne prendre que ces deux exemples.
Il s’agit d’un budget de défense des services publics, dans une période où ils sont constamment attaqués.
Un budget équilibré entre investissement et fonctionnement, entre services publics rendus aux usagers et conditions de travail des agents municipaux, car sans elles et eux, sans leur travail au quotidien au service de la population, il ne peut y avoir de service public de qualité. Je le dis en tant qu’adjoint aux ressources humaines : notre action pour l’amélioration des locaux du personnel, pour la formation, la prévention des risques professionnels, la santé au travail, l’action sociale, l’augmentation de la rémunération est déterminante.
Il s’agit enfin d’un budget maîtrisé, avec une pression fiscale moins importante qu’ailleurs, un emprunt contenu et un autofinancement élevé. Tout cela, contrairement à ce que l’on peut lire dans la presse de certains opposants ou de l’intervention de l’opposition municipale encore aujourd’hui.
Un budget qui, grâce à une dynamique maîtrisée des dépenses, préserve l’avenir quel que soit le futur exécutif municipal en ne réduisant pas les capacités d’investissement sur les prochaines années.
Voilà pourquoi nous voterons avec enthousiasme et conviction ce budget primitif 2026.
